samedi 25 août 2007

Colère Noire, Colère Bleue

samedi 25 août 2007


Fille de l'Air et de la Terre,comme dit la légende, la colère et l'un des sentiments humains les plus archaïques.Source de tension et d'animosité, elle alimente depuis toujours les révoltes et les guerres. "La colère c'est la violence des faibles"dit-on,pourtant la colère est souvent associée à tort ou à raison à la violence.Que l'on soit expressif ou pas , les moments de colère font émerger, la part la plus "forte" de chacun. Mais pourquoi fait elle peur ?

La colère, c'est quoi?
Vient du grec kholê, "bile", qui a donné cholera. La colère était associée à un échauffement de la bile : la chaude chole ou "bile chaude" et "cholère" (air, chaud et humide). En fait, dans l'antiquité, on pensait que l'humeur(1)(sang, bile,lymphe) est influencée par le caractère de la personne.On désignait d'humeur cholérique une personne qui s'énervait, s'emportait facilement.
Dans la tradition catholique, la colère fait partie des sept péchés capitaux.Chez les bouddhistes, elle fait partie des trois poisons de l'esprit, avec l'avidité, ou Trishna, et l'ignorance, ou Avidyā.
"Les Dieux sont autocrates. Ils ont confisqué l'immortalité et la colère". Seul Dieu a le droit d'être en colère" : c'est l' ire de Dieu, un flot d'ouragan, un souffle torride qui balaye tout sur son passage(2).Dans les versets coraniques et dans les hadiths, « La colère est une braise qui s’enflamme dans le cœur du fils d’Adam. » et ,vertueux est celui qui la contient :« Le serviteur qui retient sa colère pour la face d'Allah, Allah empli son cœur de foi »(*).

Plus scientifiquement parlant,La colère est comme la peur, la joie, le dégoût ou encore la surprise, régis par deux structures anatomiques essentielles : l'hypothalamus et système limbique , celui ci fait partie de ce qu'on appelle le cerveau primaire.Et si on dit que lacolère est l'animal en nous, c'est que pendant la colère, le cerveau limbique(siège de nos émotion)s'impose par opposition au néocortex : siège des pensées , du langage etc..

Comme toute émotion, la colère est accompagnée de changements physiologiques et biologiques : le rythme cardiaque et la pression sanguine augmentent, tout comme le taux d'adrénaline qui envoie alors à notre cerveau le message qu'il y a menace et que nous devons réagir. Bien qu'il puisse s'agir d'une menace physique, le plus souvent c'est lorsque notre amour-propre ou notre dignité est menacée que nous réagissons avec colère . Le fait d'être traité injustement, d'être bafoué, ridiculisé ou humilié entraîne souvent de l'agressivité. S'ensuivent des ruminations qui, à leur tour, attisent notrecolère. La colère se nourrit de la colère. On observe alors un processus d'escalade où une pensée en entraîne une autre, qui nous met davantage en furie et qui peut dégénérer rapidement en violence. Cette violence peut être refoulée et retournée contre soi ou elle peut exploser et être tournée contre les autres. Dans un cas comme dans l'autre, ces deux extrêmes peuvent entraîner des conséquences très fâcheuses.

Ce phénomène d'escalade explique, entre autres, pourquoi un événement bénin peut provoquer chez une personne, déjà énervée et irritée, une réaction violente et disproportionnée.(3)

Colère et violence
Contrairement à une opinion populaire, la colère intense ne conduit pas nécessairement à la violence. C'est seulement chez les personnes déjà prédisposées à la violence qu'une forte colère débouche ainsi. Il faut d'autres facteurs que la colère elle-même pour expliquer l'action brutale même si, chez le violent, c'est souvent la colère qui sert de déclencheur.

À force d'associer l'agressivité à la violence, on en vient souvent à vouloir réprimer l'expression de la colère elle-même. Mais cette direction conduit directement à une impasse et à des conséquences néfastes qui ressemblent étrangement celles qu'on voudrait éviter: plus de violence destructrice.

Il est impossible de faire disparaître la colère; elle fait partie du répertoire fondamental de la vie émotionnelle. Il s'agit d'une émotion normale qui, comme toutes les émotions, est saine en elle-même. Comme les autres émotions, elle est même nécessaire aux processus adaptatifs qui permettent de conduire notre vie et nos rapports avec les autres.
La colère éclatée est l'inverse de la colère canalisée; soit qu'elle reste sans cible, soit qu'elle vise une mauvaise cible. On peut penser, par exemple, à la personne qui tempête contre tout et tout le monde ou à celle qui se soulage sur un bouc-émissaire. On peut évoquer aussi celle explose pour se soulager, sans se soucier des conséquences. Il est évident que ces manifestations de colère ne peuvent déboucher sur la satisfaction que par accident. (5)


les bienfaits de la colère

La colère peut se comparer à des murs infranchissables, des obstacles qui se dressent devant nous et provoquent notre frustration. Nous sommes, très souvent, les premiers responsables de sa présence sur notre route, parce que ces murs, on les érige soi-même. Elle nous apprend surtout à améliorer notre capacité à créer des solutions multiples. Les notions d’estime de soi et de respect des autres tiennent un rôle déterminant dans la façon de vivre nos révoltes intérieures.

La colère peut être bien vécue et faire avancer les choses. Cependant, mal contrôlée et mal vécue, elle peut envenimer des situations et les faire tourner au désastre pour soi et pour l’entourage et déboucher sur des comportements désordonnés et destructeurs. Nous sommes profondément conditionnés à faire route avec nombre de ces situations où apparaîtront de l’agressivité, de lacolère , des sentiments d’injustice ou de la rancoeur. Nous pouvons choisir de ne jamais riposter si on nous attaque. Mais nous pouvons aussi choisir de développer des outils d’affirmation personnelle qui nous permettront de composer le plus harmonieusement possible avec le monde qui nous entoure et d’améliorer nos rapports avec ceux qui vivent près de nous. (4)
Plus loin encore, des études faites sur des femmes atteintes de cancers on a montré que l’espérance de vie est plus grande si ces dernières expriment leur colère. Au cours d’entrevues effectuées auprès d'elles , on a vu se manifester des comportements de rage comme moyen de survie, et aussi comme une technique cruciale qui permette à ces femmes de se regrouper et de recréer des liens avec leur propre personne.(6)

Colère et ressentiment
Le ressentiment s'apparente à la rancune; les deux expériences s'organisent autour d'une colère conservée. Celle-ci n'est pas toujours présente à la conscience, mais on y réfère de temps en temps, ce qui réveille l'animosité.

En plus de cette colère statique, le ressentiment renferme une importante tristesse. Cette dernière est cependant peu apparente, car la colère lui sert de paravent. Comme la rancune, le ressentiment résulte d'une colère avortée et s'applique à un événement qui est terminé. Cet événement peut être récent ou appartenir à un passé lointain.

Contrairement à la rancune, qui est surtout statique, le ressentiment est une expérience qu'on pourrait qualifier de "vivante". En effet, la personne qui l'éprouve conserve précieusement sacolère et va même jusqu'à la cultiver en ramenant à sa mémoire les faits qui l'ont déclenchée. La tristesse, par contre, est ignorée autant que possible, comme si la ressentir pouvait diminuer lacolère à laquelle on ne veut pas du tout renoncer.

Le ressentiment se caractérise aussi par le fait qu'il s'appuie sur la perception d'une d'injustice. C'est à cause de cette perception que celui qui l'éprouve ne veut pas se départir de sacolère . Ne pas conserver son ressentiment serait à ses yeux une façon d'endosser l'inacceptable. De plus, il désire empêcher le responsable de cette injustice de se sortir indemne de la situation. Cet objectif se manifeste souvent par une recherche de vengeance qui n'a pas de fin.

Aussi, il faut savoir que le ressentiment est toujours un choix (éclairé ou non). C'est souvent l'option la plus facile pour celui qui ne sait pas que sacolère pourrait être traitée différemment. Dans plusieurs cas, ce choix devient délibéré; il sert alors à conserver intacte la mémoire de ce qui l'a choqué.
Le choix du ressentiment contient en plus une volonté de ne pas exprimer la colère et la tristesse de façon complète, directe et avec leur intensité. C'est surtout le cas lorsqu'on éprouve le ressentiment envers des personnes qu'on côtoie encore.
En refusant cette expression, nous maintenons notre ressentiment dans notre expérience présente. Autrement dit, nous portons unecolère étouffée et une tristesse larvée dans notre contact avec ceux à qui nous en voulons.

Le plus souvent, le ressentiment est une expérience émotive que nous désirons conserver intacte. Mais encore plus que la rancune , ce sentiment nous empoisonne la vie. La rancune est rarement au centre de notre expérience. Le ressentiment, au contraire, y occupe une place importante. C'est parce que nous tenons à le cultiver qu'il prend un telle part dans notre expérience actuelle. C'est aussi parce que nous voulons maintenir notre lien avec ce passé.

En résumé, on pourrait donc dire que le ressentiment nous sert à maintenir la force de notre colère et de notre lien émotif avec une expérience passée. Mais en même temps, cette fidélité à notre colère nous maintient dans une position de fermeture et de tristesse tout en nous interdisant tout nouveau contact qui pourrait être réparateur.(5)

Bref,

bien qu'elle soit considérée comme une énergie négative, la colère est avant tout cet instinct de survie qui s'érige au front du monde, et qui tend à défendre cette part de nous menacée.
et bien que je me considère de ceux qui contiennent mal leur colère, je ne lui ai trouvé d'éxutoire que dans le silence. Reste à chacun d'employer sa respiration, ou son stylo, pour la faire éteindre, tant que le cerveau n'ait pas pris feu.


(1) Le mot humeur vient du latin umor, qui est lui-même un mot venant du grec ancien et qui signifie liquide
(2) wiképidia
(*)Hadiths
(3)centre d'orientation et de consutlation psychologique
(4) Psycho-textes
(5)Red-psy
(6) Femmes et colère

12 commentaires:

Kinishao a dit…

Note très intéressante et très ... résonnante, du moins en ce qui me concerne.
Et l'illustration est très jolie.

Tieri a dit…

Bonjour,
vous ne dites rien des images mises en ligne. Beaucoup sont belles. D'où viennent-elles ?
Cordialement, et merci pour ce plaisir de vous lire.

Mocka a dit…

Je vois que tt le monde est tombé amoureux comme moi de ces photos.
comme vs voyez la plupart sont des graffitis et je les ai emprunté chez Ekosystem (voir My links dans la colonne de droite)
les autres sont de Yerkaland( voir aussi dans My links)
bienvenue à vs deux!

Arthémisia a dit…

Ce billet éveille en moi un interet particulier pour les couleurs attribuées aux sentiments. Tu dis "colère noire, colère bleue".
On dit aussi être "rouge de colère" ou même "vert de rage"!
Toute la palette me semble utilisable!!!

Pour en revenir à cette colère, ou même aux sentiments en général, j'ai tendance à croire qu'il ne faut pas en retenir l'expression au risque de graves somatisations. Et puis j'aime les gens qui passent par toutes les couleurs, qui s'expriment, et même qui crient. Ils sont lisibles. Ils sont la vie.
Le sentiment retenu, la mesure, la trop grande tempérence, c'est la toile vierge, l'atelier vide, les pinceaux posés bien propres dans leur pot, le silence : mais le silence n'est qu'un trouble, une inquietude latente et écrasante.
Une mort ou en tous cas une explosion en puissance. Un danger, surement.
amitié
Arthi

Mocka a dit…

@Arthi:
"Et puis j'aime les gens qui passent par toutes les couleurs, qui s'expriment, et même qui crient. Ils sont lisibles. Ils sont la vie"
Tout ce qui n'est pas lisse comme une peau de bébé est amusant, éclatant.Mais pq faut-il pq ce soit visible.pcq avec les couleurs le latent devient patent peut être?
Le silence est inquiètude trouble dit -tu.Ou peut être une vie paisible, une sérénité, une quiétude transparente?
Mais finalement, ce qui est inquiétant est l'Excès n'est-ce pas?
je me souviens l'été dernier au service des urgences, une femme amène son fils pr le faire examiner.Il avait 6 ans je croiset il venait d'être Violé, frappé par la voisine folle de rage contre sa mère.Elle voulait se venger de je ne sais quoi et ça a donné ça !
que dire de plus .

stéphanie a dit…

bonjour.
Merci de ton commentaire sur mon espace. ( j'ai dévérouillé les coms, c'était une erreur. Tu peux commenter)

Un article fort intéressant...Je vais me permettre ceci ( je viens justement d'en parler il y a peu, c'est pour cela que je me permets)

La colère vient effectivement de Kholé, la bile.
Ce qui est intéressant c'est de voir que les chinois ont associé la mélancolie à la vésicule biliaire...
( et la peur au foie)
il y a matière à réflexion non?

très bel article, complet...

Stéphanie

Mocka a dit…

@stéphanie:
les médecins grecques du temps d'hippocrate ont aussi associé la bile (noire)à la mélancolie.Déjà, l'étymiologie du mot est intéressante:"mélancolie du grec kholê, bile et melas noire, car on attribuait la tristesse à un excès de bile noire.(pour précisera bile noire ou atrabile, venant de la rate,par opposition à la bile jaune issue du foie).

La médecine chinoise elle, associe les émotions aux organes.Ainsi on a le coeur siège de la joie, le rein siège de la peur, le foie siège de la colère,le poumon siège de la tristesse,la rate siège du souci et de la reflexion.
et tout excès de circulation de l'énergie(Qi) au niveau de l'un des ces organes, crée cet état émotionnel.L'inverse est vrai,par exemple si la personne est irritable elle risque d'avoir des problème au foie.
voilà, Merci à toi Stéphanie , je reviens vite lire ton joli blog.
à bientôt

Vagant et "sa" colère a dit…

La colère est un péché capital...

joruri a dit…

Ce qui me rend furieux, c'est d'être observé comme un rat de laboratoire !
Non je déconne...

joruri a dit…

Une précision qui peut avoir son importance: il est très fréquent qu'une période de colères incontrôlables qui peut s'étendre sur plusieurs mois précède un accès de dépression profonde, ou pire, de mélancolie. La phase de manie (euphorie désordonnée) qui s'observe dans les troubles bipolaires pouvant être dans certains remplacée par des accès de colère.

Mocka a dit…

Merci pr ces précision Joruri
heureuse de ton passage sur mon blog
à bientot

Vlad T. a dit…

Et si la colère était un moment de refus volontaire d'écouter ce que l'on se dit ? Je pense à l'expression qui veut "que l'on se mette en colère". Je pense qu'il s'agit du choix de ceux qui n'écoutent rien alors que pourtant ils entendent très bien.
Invitation: http://www.dailymotion.com/video/x3v1vw_noctazone-4_politics

 
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